Cette cité fortifiée transformée en roseraie géante attire des milliers de visiteurs

Au cœur du département de l'Ariège, une petite commune médiévale de moins de 150 âmes perpétue une tradition florale unique en France. Camon, surnommé "le petit Carcassonne de l'Ariège", se distingue par ses fortifications médiévales remarquablement préservées et ses centaines de rosiers qui ornent ses ruelles pittoresques. Ce village, construit autour d'une abbaye bénédictine du IXe siècle, offre aux visiteurs un voyage dans le temps où l'histoire et la nature s'entremêlent harmonieusement.

Une abbaye fortifiée du IXe siècle transformée en château féodal sur 2500m²

L'histoire de Camon débute avec la fondation de son abbaye bénédictine au IXe siècle. Cette abbaye-château, véritable cœur battant du village, s'étend sur une superficie de 2500m². Au fil des siècles, l'édifice religieux s'est transformé en forteresse pour faire face aux troubles de la guerre de Cent Ans. Les murs d'enceinte, épais de 2 mètres par endroits, témoignent encore aujourd'hui de cette volonté défensive.

L'abbaye-château présente une architecture remarquable mêlant styles roman et gothique. Sa tour carrée de 25 mètres de hauteur, vestige de l'ancien clocher, domine toujours le village. À l'intérieur, les salles voûtées et les chapiteaux sculptés racontent l'histoire des moines bénédictins qui ont habité ces lieux pendant plus de sept siècles. Une particularité architecturale réside dans ses fenêtres à meneaux du XVe siècle, dont certaines conservent encore leurs vitraux d'origine.

Les archives départementales révèlent qu'au XIIIe siècle, l'abbaye abritait une communauté de 24 moines et possédait des terres s'étendant sur plus de 1000 hectares. Un document daté de 1356 mentionne la construction des remparts actuels, financée par une taxe spéciale prélevée sur les habitants. Ces fortifications, longues de 800 mètres, encerclent encore aujourd'hui le cœur historique du village.

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Plus de 3000 rosiers et 70 variétés différentes fleurissent chaque printemps

La renommée de Camon repose également sur son extraordinaire patrimoine floral. Chaque année, plus de 3000 rosiers de 70 variétés différentes transforment le village en un jardin enchanteur. Cette tradition remonte à 1950, lorsque le maire de l'époque décida de planter les premiers rosiers pour embellir les ruelles médiévales.

La floraison spectaculaire, qui débute fin mai et se poursuit jusqu'en octobre, attire des milliers de visiteurs. Les rosiers grimpants, certains âgés de plus de 50 ans, s'élancent le long des façades en pierre, créant des cascades de couleurs qui peuvent atteindre jusqu'à 10 mètres de hauteur. La rose la plus emblématique du village est la "Rose de Camon", une variété ancienne aux pétales roses pâles et au parfum délicat.

L'entretien de ce patrimoine végétal mobilise toute la communauté. Les habitants participent activement à la taille des rosiers, qui nécessite plus de 400 heures de travail chaque année. Un jardinier municipal spécialisé supervise l'entretien de cette collection unique, qui représente un investissement annuel de près de 15 000 euros pour la commune.

Un village médiéval aux 12 portes fortifiées et aux 800 mètres de remparts

Les fortifications de Camon constituent un exemple remarquable de l'architecture militaire médiévale. Les 800 mètres de remparts, ponctués de 12 portes fortifiées, témoignent de l'importance stratégique du village au Moyen Âge. Ces murailles, hautes de 8 mètres par endroits, ont protégé la population lors des nombreux conflits qui ont secoué la région.

Le village conserve un exceptionnel ensemble de maisons médiévales, dont certaines remontent au XIIIe siècle. Les ruelles pavées, larges de seulement 2 mètres par endroits, suivent un plan radioconcentrique typique des bastides méridionales. Une étude archéologique récente a révélé la présence de 15 puits médiévaux, dont 8 sont encore visibles aujourd'hui.

Les archives municipales mentionnent qu'en 1450, Camon comptait 450 habitants, soit trois fois plus qu'aujourd'hui. Le village abritait alors trois moulins à eau, une forge et six échoppes d'artisans. Un document de 1560 décrit même l'existence d'un marché hebdomadaire qui attirait les marchands de toute la région, certains venant de plus de 30 kilomètres à la ronde.